La musique haitienne

Si les esclaves importés d’Afrique ont été dépouillés de leur dignité et humanité, leur mémoire de la terre ancestrale demeura pourtant intouchable et intacte. Ainsi ont-ils pu s’accrocher à leurs croyances et leurs traditions et y trouver, à l’occasion, un certain confort en se réfugiant derrière leurs souvenirs.
La musique leur offrit l’opportunité de non seulement exprimer ces croyances et traditions, mais aussi de vivre au jour le jour leur nouvelle réalité faite de durs labeurs, de misère, d’humiliations. Ils ont pu réinventer leurs instruments en utilisant les produits agricoles à leur portée (tambour, vaksine etc). Quand l’occasion se présenta pour s’affirmer face aux maîtres despotes, leur musique se transforma en chant de ralliement. Ainsi prit naissance la musique haïtienne qui puisa son inspiration dans les chants et dans la musique de l’Afrique ancestrale, de la dure réalité de l’esclavage, et quelquefois de l’héritage légué par les colons européens. Elle est et restera une musique dansante portée par la voix en prenant quelquefois le ton de révolte.
Après l’indépendance dans un souci de s’identifier avec la civilisation européenne, nos élites ont essayé de faire taire cette musique en la reléguant dans les hauteurs des montagnes et aux fins fonds des plaines. Cette musique qui devrait révéler notre identité de peuple libéré devint suspecte comme elle l’a été parmi les colons.
A la suite du Concordat signé en 1860 entre Haiti et le Vatican, plusieurs congrégations de religieux et de prêtres catholiques vinrent établir des écoles. Ils intégrèrent des cours de musique dans leur curriculum. Les lycées suivirent l’exemple des écoles congréganistes. Ainsi naquirent les fanfares scolaires dont la plupart ont été prises à charge par le gouvernement. Dans les années 1960, à la suite de la tentative du gouvernement d’utiliser les fanfares scolaires à des fins politiques faisant de leur présence dans les manifestations pro-gouvernementales et les parades une obligation, les cours de musique seront éliminés des écoles congréganistes.
En 1955, le Conservatoire National a été créé. Disparu pendant le regime des Duvalier, elle refit son apparition en 1987 sous le nom d’ENARTS (École Nationale des Arts). Dépendant aujourd’hui du ministère de la Culture, elle compte un département de musique. Elle forme donc des musiciens au niveau supérieur.
L’École Sainte Trinité de Port-au-Prince, une institution de l’Église épiscopale, est l’institution pédagogique la plus importante où les élèves ont eu et ont encore la chance d’apprendre la musique et de jouer un instrument, et ce depuis 1956. Au début des années 70, les meilleurs élèves furent alors invités à intégrer l’Orchestre Philharmonique qui porte le nom de l’école. Avec l’inauguration le 22 novembre 1979 de la Salle Sainte Cécile, la seule salle de concert d’Haïti, le grand public a pu découvrir les jeunes talents formés à l’École Sainte Trinité.Le tremblement de terre de 2010 a sérieusement endommagé la majorité des écoles. L’École Sainte Trinité perdit la plupart de ces instruments et la seule salle de concert d’Haïti, la Salle Sainte Cécile. Elle fut toutefois rétablie à Pétion-Ville.

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