Danser en Haïti est d'abord un mouvement spontané du corps. Pour danser l'Haïtien n'a guère besoin d'un environnement ou d'un encadrement approprié. Il suffit de la présence réelle ou imaginaire d'éléments musicaux de base caractéristiques pour enclencher des mouvements rythmés appropriés. Ainsi, en deçà de toute forme dénotant la présence de tel ou tel pas de danse caractéristique, gît et guette une pulsion toujours prête à entrer en action à la moindre opportunité. L'haïtien peut très bien danser sans musique audible, dans ce cas, les éléments musicaux de base sont intériorisés par le danseur spontané et il est le seul à pouvoir faire la relation entre «sa » danse et la musique ou éléments musicaux qui déclenchent et mettent en branle la pulsion de base.
Dans ces conditions, il existe une symbiose parfaite entre la musique et la danse dans la mesure où la pulsion de danse ne s'exprime que dans l'espace ouvert par les éléments musicaux et les éléments musicaux ne sont appréhendés que dans la manifestation et l'assouvissement de la pulsion elle-même. Cette pulsion n'a pas originairement un objet propre, elle s'apparente de préférence à la «libido» ou l'activité de jeu spontané polymorphe décrite par les psychanalystes. Une compréhension plus fine de cet aspect du phénomène nous amène à éclaircir les points suivants : L'activité de jeu est une caractéristique de tout être humain. Elle est mue par le principe de plaisir et est polymorphe. Elle n'a pas d'autre but que la recherche spontanée du plaisir, elle n'a pas d'objet propre c'est-à-dire ne dépend pas d'une entité extérieure à elle-même pour sa réalisation, elle peut prendre plusieurs formes dépendant des éléments qui servent de prétexte ou de cadre propice à son déclenchement et la réalisation du plaisir. La succion, l'auto-érotisme, les jeux ... en sont les manifestations les plus répandues.
Le rythme musical, l'agencement des sons, sont des éléments qui en général peuvent déclencher l'activité de jeu. En Haïti en particulier et on le verra par la suite dans les pays africains en général, le rythme ou plus précisément, les aspects structurels de la polyrythmie [telle qu'analysée dans la première section de cette monographie], ont un rapport intime avec le déclenchement de l'activité de jeu spécifique qu'est la danse. Disons que l'une des manières spécifiques propres à la culture des régions mentionnées pour mettre en branle la recherche sans objet du plaisir est la danse, ou plus précisément, les mouvements corporels rythmés spontanément déclenchés lors de l'audition réelle ou imaginaire de certains éléments musicaux de base.






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